« La charte de Metz pour la biodiversité » signée lors du G7 de l’environnement – Analyse et avis de notre expert climat/environnement

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Les ministres de l’environnement du G7 (la France, l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni) et de 9 pays invités (Chili, Fidji, Gabon, Mexique, Niger, Norvège, Egypte, Indonésie, Inde) se sont donnés rendez-vous à Metz, les 5 et 6 mai pour évoquer les enjeux liés à la biodiversité. À l’issue de cet événement, la « Charte de Metz pour la biodiversité » a été signée.

Un constat alarmant selon l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) sur l’état mondial de la biodiversité

Le 6 mai, l’IPBES a publié un rapport inquiétant sur l’état mondial de la biodiversité et les services écosystémiques. 145 experts de 50 pays ont travaillé dessus depuis trois ans. Il a bien sûr été présenté aux ministres présents à Metz le 5 mai.

Ce rapport a notamment pour objectif de déterminer le cadre mondial pour la biodiversité après 2020 qui sera établi lors de la 15e Conférence de la Convention internationale sur la diversité biologique qui aura lieu l’année prochaine en Chine.

Pour Robert Watson, président de l’IPBES, « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégradent plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ».

Voici quelques exemples parmi des centaines d’autres qui témoignent de l’urgence de protéger notre biodiversité :

  • 1 million d’espèces animales et végétales seraient aujourd’hui menacées d’extinction, notamment au cours des prochaines décennies
  • Les trois quarts de l’environnement terrestre et environ 66 % du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine
  • La pollution par les plastiques a été multipliée par dix depuis 1980
  • Plus d’un tiers de la surface terrestre du monde et près de 75 % des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l’agriculture ou à l’élevage

L’IPBES admet que des politiques ont été mises en place pour protéger la nature et ralentir le changement climatique. Toutefois, ces efforts ne sont pas suffisants. Seul un « changement transformateur » (changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en termes de paradigmes, objectifs et valeurs) pourrait permettre de conserver et préserver la nature de manière durable. Pour l’IPBES, les politiques menées actuellement en faveur de la biodiversité sont motivées par des objectifs financiers et de croissance sans réflexion réelle sur l’impact écologique. En effet, “les États membres de la plénière de l’IPBES ont reconnu que, par sa nature même, un changement transformateur peut susciter une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts attachés au statu quo, mais que par contre, cette opposition peut être surmontée pour le bien de tous.”

Les engagements de la « Charte de Metz pour la biodiversité »

Pour réagir face aux conclusions du rapport, les ministres de l’environnement des pays présents ont établi des engagements en matière de lutte pour préserver la biodiversité. Les ministres du G7, du Chili, des Fidji, du Gabon, du Mexique, du Niger et de la Norvège ont ainsi signé une charte dans laquelle ils s’engagent à :

  • « Accélérer et intensifier (leurs) efforts pour mettre fin à la perte de biodiversité, valoriser, conserver, restaurer et utiliser judicieusement la biodiversité » en poursuivant la mise en œuvre des plans d’actions déjà établis et en allant plus loin dans ces démarches
  • « Encourager l’engagement d’autres acteurs et parties prenantes » pour soutenir ces actions »
  • « Soutenir l’élaboration et la mise en œuvre d’un cadre mondial post-2020 pour la biodiversité »

Les mesures proposées par Emmanuel Macron

En marge de cet événement, et à la suite de la publication du rapport, Emmanuel Macron a réagi en rappelant des mesures déjà mises en place et en proposant de nouvelles :

  • Lutter contre le gaspillage alimentaire au niveau des écoles, des restaurateurs et des distributeurs
  • Réduire les pesticides dans l’agriculture : sortir du glyphosate en 2021 et réduire les produits phytosanitaires de 50% en France d’ici 2025
  • Lutter contre l’artificialisation des sols
  • Promouvoir l’économie circulaire : un projet de loi doit être présenté d’ici cet été

Une charte déjà remise en cause

Quelques jours que cette charte a été publiée et les avis convergent déjà. Les ONG environnementales (France Nature Environnement, Greenpeace ou encore le réseau Action Climat) et les ONG de solidarité (Coordination Sud, Oxfam) mettent en avant quelques éléments intéressants. Toutefois, ils jugent cette charte comme « peu-contraignante et peu tournée vers l’opérationnel », comme l’évoque Sami Asali de Coordination Sud.

L’avis de notre expert en ingénierie environnementale

Pierre-Louis Garcia, chargé d’études en ingénierie environnementale chez ALTEREA nous éclaire sur les réels engagements de cette charte et sur les politiques menées pour préserver la biodiversité.

« Je trouve particulièrement dommageable de ne pas cibler des écosystèmes en particulier : on reste à l’échelle de généralités alors que pour certains milieux, des changements irrévocables sont en cours aujourd’hui : l’arctique (où de nouvelles voies maritimes commerciales font perdre de vue tous les autres enjeux environnementaux qui existent), l’Amazonie (un des sites les plus emblématiques par sa richesse exceptionnelle… et la tragédie qui s’y déroule), les zones humides, dont le rapport estime que 87% des superficies de zone humide du XVIIIe siècle ont disparu (et leur perte est actuellement trois fois plus rapide, en termes de pourcentage, que la perte de forêts).

Au-delà de la question seule de préserver un écosystème et des espèces, le rapport soulève par ailleurs la nécessité de penser une vision globale. S’intéresser à la protection de la biodiversité :

  • C’est évidemment protéger l’ensemble des territoires contre les risques climatiques et les évolutions du climat à venir
  • C’est aussi préserver nos modes d’alimentation : plus de 75% des cultures mondiales dépendent de la pollinisation par les animaux, et donc de la biodiversité
  • Une meilleure gestion des espaces agricoles et naturels permettrait même d’améliorer les circuits alimentaires, et donc, peut-être, de répondre au problème de la famine dans le monde : aujourd’hui, encore 11% de la population mondiale est sous-alimentée

Les exemples de co-bénéfices sont nombreux ! Les solutions sont connues. La question qui subsiste est : pourquoi continue-t-on de faire des vœux pieux, si on ne met pas en place les moyens et l’énergie nécessaire pour y parvenir ? »