ANRU 3 (3e programme national de renouvellement urbain) est pensé comme un relais immédiat pour éviter une rupture après la fin du programme actuel, indispensable selon l’ensemble des acteurs du logement social. En effet, le deuxième programme (NPNRU) doit achever ses engagements d’ici 2027, et les élus locaux ainsi que les bailleurs sociaux craignaient qu’aucun dispositif ne prenne le relais sur la période post-2026. À l’occasion d’un déplacement à Marseille le 23 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu, accompagné du ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, a donc annoncé officiellement la préparation d’ANRU 3. Intégré dès l’article 1 du projet de loi « pour la relance du logement », ce programme devra être examiné par le Parlement à l’été 2026.
L’objectif premier est de prolonger la transformation des quartiers en difficulté jusqu’en 2040, en capitalisant sur les acquis des programmes précédents (mixité sociale améliorée, renouvellement urbain plus global) et en répondant aux défis persistants. ANRU 3 couvrira une sélection d’environ 150 quartiers supplémentaires à travers la France. Comme ses prédécesseurs, il sera piloté par l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU), en mobilisant les partenariats financiers habituels (État, bailleurs sociaux via la Caisse de garantie CGLLS, Action Logement, collectivités, etc.). Les premiers quartiers bénéficiaires devraient être identifiés d’ici fin 2026 afin d’organiser leur accompagnement sur le long terme.
Comment sera structuré ANRU 3 ? Ce nouveau programme se fixe des objectifs ambitieux, en s’inspirant des demandes des acteurs de terrain et du contexte actuel :
ANRU 3 sera inscrit dans la loi via le futur projet de loi “Pour la relance du logement”. Ce texte omnibus, présenté comme une réponse à la crise du logement (baisse de la construction neuve, difficulté d’accès au logement), doit être examiné à l’été 2026. Son article 1 est dédié à ce nouveau programme de renouvellement urbain, tandis que d’autres volets portent sur la simplification des procédures de construction, la réaffectation de logements vacants énergivores ou la décentralisation de certaines compétences. Concernant l’enveloppe budgétaire, l’État a annoncé une contribution initiale d’environ 5 milliards d’euros pour lancer ANRU 3. Ce montant doit encore être validé et éventuellement ajusté par le Parlement lors des débats, en concertation avec les autres financeurs (Action Logement, bailleurs, collectivités…). Le gouvernement a d’ailleurs indiqué que la priorité était d’abord de définir les critères de sélection des quartiers et leur plan d’actions, puis de préciser les financements une fois les besoins identifiés.
De nombreux acteurs jugent ce montant insuffisant au regard des besoins, estimés plus élevés. La question du financement, déjà sensible dans les programmes précédents, constitue donc un enjeu central.
Par ailleurs, l’introduction de mesures liées à la sécurité (renforcement des pouvoirs des maires, lutte contre les trafics, gestion des logements sociaux) suscite des débats, certains pointant un risque de dérive ou de stigmatisation.
Sur le terrain, ANRU 3 ouvre un nouveau cycle de projets de rénovation urbaine sur 15 ans, nécessitant une planification au long cours. La phase de préfiguration est engagée : les partenaires (élus, bailleurs, aménageurs…) doivent préparer les candidatures des quartiers qui seront sélectionnés fin 2026. Certains bailleurs ont anticipé, à l’image de 1001 Vies Habitat, qui a identifié plusieurs quartiers prioritaires, notamment pour des opérations de rénovation énergétique et de requalification urbaine. Cette dynamique confirme le rôle d’ANRU 3 comme levier d’investissements en faveur d’une rénovation durable des grands ensembles.
Pour les collectivités, l’enjeu sera de mobiliser l’ensemble des acteurs autour de projets intégrés. ANRU 3 promeut une approche globale : il ne s’agit plus seulement de reconstruire des logements, mais de repenser les quartiers dans leur ensemble (espaces publics, services, équipements, activités économiques). Cela suppose un pilotage local renforcé, avec l’appui de l’ANRU pour garantir la cohérence des projets.
Pour les acteurs du bâtiment et de la transition énergétique, le programme ouvre des perspectives importantes de chantiers orientés vers la performance environnementale (rénovation énergétique, construction bas carbone, renaturation). Les quartiers concernés pourraient ainsi devenir de véritables démonstrateurs de la ville durable, conciliant amélioration du cadre de vie et transition écologique.
ANRU 3 marque une nouvelle étape pour la politique de la ville en France. En prolongeant la rénovation des quartiers jusqu’en 2040, il ambitionne de renforcer leur transformation sociale, urbaine et environnementale.
Sa réussite dépendra toutefois de la mobilisation des financements et de la capacité à fédérer les acteurs autour de projets cohérents. Pour les territoires, il représente une opportunité majeure d’améliorer durablement le cadre de vie, en conciliant transition écologique, cohésion sociale et attractivité.