Face à la hausse des coûts de l’énergie, aux exigences du Décret Tertiaire et aux enjeux climatiques, la Ville de Changé (53) a souhaité se doter d’une vision claire de son patrimoine bâti et de sa trajectoire énergétique. Accompagnée par ALTEREA, via le marché de Prestations en Transition Énergie et Climat (PTEC) de l’UGAP, dans la réalisation de son Schéma Directeur Immobilier et Énergétique (SDIE), la collectivité dispose aujourd’hui d’une véritable feuille de route pour orienter ses décisions sur le long terme.
Jean-Noël REBOURS, Directeur des Services Techniques de la Ville de Changé, revient sur les origines du projet, son déroulement et les enseignements qu’en retire la collectivité.
Pouvez-vous nous présenter le projet ?
Le Schéma Directeur Immobilier et Énergétique de la Ville de Changé est né d’une réflexion engagée au sein de la collectivité face à la hausse des coûts de l’énergie et à ses impacts sur les dépenses de fonctionnement. La commune, particulièrement bien dotée en équipements au regard de sa strate démographique, dispose d’un patrimoine immobilier conséquent, hérité d’investissements réalisés au fil des dernières décennies.
La collectivité devait également piloter un patrimoine particulièrement diversifié composé de 19 bâtiments représentant près de 25 000 m², comprenant notamment des bâtiments administratifs, des équipements sportifs, des salles associatives, des équipements culturels ainsi que des locaux techniques. Cette richesse patrimoniale constitue un véritable atout, mais implique également des enjeux importants en matière de gestion, d’entretien et de performance énergétique.
Cette situation a conduit la collectivité à structurer sa stratégie patrimoniale en intégrant les enjeux économiques, climatiques et réglementaires. Le Décret Tertiaire a notamment constitué un véritable élément déclencheur, en imposant de définir une trajectoire énergétique et de renseigner les consommations des bâtiments assujettis sur OPERAT.
« Devant l’augmentation des coûts de l’énergie et de nos factures énergétiques, il fallait trouver comment réduire ces coûts de fonctionnement. Et puis il y a bien évidemment les enjeux climatiques qui entrent en jeu aujourd’hui. », explique Jean-Noël REBOURS.
Au-delà de la maîtrise des consommations, le projet devait permettre à la Ville de disposer d’une connaissance fiable et partagée de son patrimoine. Certains bâtiments, notamment les plus anciens comme l’Hôtel de Ville installé dans un château construit en 1820, nécessitaient un important travail de consolidation des données : surfaces, systèmes de chauffage, historique des aménagements, usages ou encore état général. Cette démarche a ainsi permis de construire une vision précise et actualisée du patrimoine communal, indispensable pour orienter les choix d’investissement des prochaines années.
Quels ont été les objectifs les plus importants pour vous ?
Le premier objectif du SDIE était de donner aux élus une vision consolidée du patrimoine communal. Si les services techniques disposent d’une vision opérationnelle des équipements, l’étude a permis de mettre en évidence l’ampleur, la diversité et la qualité des infrastructures de la Ville de Changé.
« Le premier objectif, c’était déjà de connaître et de faire connaître le parc immobilier aux élus. Quand on fait le tour du patrimoine, on se rend compte que nous avons des infrastructures conséquentes et qualitatives. », déclare Jean-Noël REBOURS.
Le SDIE a croisé plusieurs dimensions : consommations, vétusté, usages, niveau d’occupation des bâtiments, cohérence avec les besoins du territoire et possibilités de mutualisation. Cette approche globale a donné à la commune une lecture plus fine de son patrimoine et de ses priorités d’intervention.
« Le schéma directeur nous a apporté une perception beaucoup plus fine de notre patrimoine. Il n’y avait pas que le volet énergétique. C’était une approche multi-enjeux. », ajoute-t-il.
Un autre enjeu important concernait le pilotage énergétique des bâtiments. Jean-Noël REBOURS souligne que la multiplicité des équipements et des systèmes de chauffage rend difficile un suivi fin au quotidien, notamment sur la régulation, l’abaissement des températures ou l’optimisation des outils de production de chaleur.
Comment s’est déroulée la mission ?
La mission a nécessité un important travail de recensement et de collecte de données. Les services bâtiment, techniques, comptabilité, développement durable ainsi que les autres services municipaux ont été mobilisés pour fournir les informations nécessaires : caractéristiques des équipements, coûts de fonctionnement, usages, ressentis des occupants et données liées aux consommations
Les équipes d’ALTEREA ont travaillé en lien avec BearingPoint, qui intervenait sur les volets complémentaires à l’énergétique. Des réunions hebdomadaires ont permis de suivre l’avancement du diagnostic et de coordonner les différents intervenants.
« L’ensemble des services a contribué à renseigner les données. Cela a permis d’obtenir une photographie très précise de notre patrimoine. », explique Jean-Noël REBOURS.
La mission s’est également appuyée sur les retours des usagers des bâtiments. Les équipes sont allées à la rencontre des agents, des occupants et des responsables d’équipements. Ces échanges ont permis de faire émerger des problématiques de terrain parfois peu visibles depuis les niveaux de décision.
« Cela a permis de faire ressortir des sujets que les élus ou la direction ne percevaient pas forcément au quotidien. », souligne-t-il.
La restitution de la stratégie a ensuite été présentée aux élus, aux adjoints, au maire et aux directeurs de service afin de partager l’état des lieux du patrimoine et les trajectoires d’évolution possibles.
Les scénarios proposés vous ont-ils permis de répondre à vos objectifs ?
À l’issue du diagnostic, trois stratégies ont été proposées, de la moins ambitieuse à la plus ambitieuse, en cohérence avec les objectifs du Décret Tertiaire. La démarche a été structurée autour de huit grands pôles : salles polyvalentes et culturelles, enfance-jeunesse, équipements sportifs, Hôtel de Ville et salles associatives, bâtiments techniques, locaux professionnels, logements et autres bâtiments.
Chaque pôle a fait l’objet de trois scénarios à horizon 2030, 2040 et 2050, permettant à la collectivité de comparer différents niveaux d’ambition, d’anticiper les investissements à engager et d’en mesurer les effets dans le temps.
« Nous avons obtenu trois scénarios, du moins ambitieux au plus ambitieux, avec une vision à l’échelle de plusieurs mandats. », indique Jean-Noël REBOURS.
Le premier scénario repose principalement sur l’optimisation des systèmes énergétiques. Le deuxième introduit davantage de réaménagements, de mutualisation et de premières interventions sur certaines enveloppes thermiques. Le troisième, plus ambitieux, interroge plus fortement l’organisation du patrimoine, avec des pistes de mutualisation, voire de cession de certains bâtiments.
« Le scénario le plus ambitieux parle de mutualisation, voire de cession de certains bâtiments. Cela bouscule les habitudes mais ouvre aussi des perspectives nouvelles. », observe-t-il.
Cette réflexion a parfois bousculé les habitudes, notamment dans une commune où les associations disposent historiquement d’équipements dédiés. Pour Jean-Noël REBOURS, cette perspective implique d’entrer progressivement dans une logique de sobriété et de partage des espaces.
ALTEREA a également remis à la Ville un outil de suivi sous forme de tableur permettant de simuler les effets des actions retenues sur les consommations et les investissements à l’échelle d’environ 25 ans.
Quel a été le retour des nouveaux élus sur le sujet ? Comment se sont-ils approprié ces enjeux ?
L’arrivée de nouveaux élus a nécessité un temps d’appropriation, mais le SDIE s’est rapidement imposé comme un outil de référence pour éclairer les décisions municipales.
« Le mot SDIE revient régulièrement dans les réunions. Les élus demandent : “Que nous dit le SDIE ?” », constate Jean-Noël REBOURS.
Pour faciliter cette appropriation, des visites de bâtiments ont été organisées avec les nouveaux élus, notamment sur les sites sportifs. L’objectif était de leur faire prendre conscience de la réalité des équipements, des coûts de fonctionnement associés et des améliorations possibles.
« Le schéma directeur est dans les esprits. Il est devenu un véritable plan guide pour la collectivité. », ajoute-t-il.
La prochaine étape sera d’élargir cette acculturation aux associations et à la population. Dans une commune historiquement bien dotée en équipements, la mutualisation ou la réduction du patrimoine peuvent représenter un changement culturel important.
Quels sont vos prochains projets ou étapes envisagés en matière d’efficacité énergétique suite au schéma directeur réalisé ?
La prochaine étape consiste à traduire le SDIE dans le Plan Pluriannuel d’Investissement de la commune. Le schéma directeur doit désormais servir de cadre d’aide à la décision pour hiérarchiser les projets, arbitrer les investissements et définir les actions prioritaires sur le patrimoine immobilier.
« Le SDIE va être un élément déterminant dans la construction de notre plan pluriannuel d’investissement. », précise Jean-Noël REBOURS.
« Aujourd’hui, on a ce SDIE et on sait où il faut aller, mais il faut maintenant savoir comment y aller de manière ordonnée. », explique-t-il.
Plusieurs pistes sont envisagées, comme un accompagnement externe pour le déploiement des actions ou le recours à un économe de flux, éventuellement avec l’appui de dispositifs de financement comme le programme ACTEE
Certaines évolutions sont déjà visibles dans le fonctionnement quotidien des services. Lorsqu’un équipement est remplacé ou qu’une intervention est prévue sur une chaudière, les équipes veillent désormais à vérifier que les choix réalisés sont cohérents avec les orientations définies dans le SDIE.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres collectivités envisageant une étude similaire ?
Pour Jean-Noël REBOURS, la première question à se poser est celle de la connaissance du patrimoine. Avant même d’engager une stratégie énergétique, une collectivité doit savoir précisément de quels bâtiments elle dispose, comment ils sont utilisés, combien ils coûtent et quels travaux sont nécessaires.
« Est-ce que vous connaissez vraiment votre patrimoine immobilier ? C’est la première question à se poser. », interroge Jean-Noël REBOURS.
Il recommande également de s’appuyer sur une ingénierie externe compétente, car ce type d’étude exige un niveau de précision difficile à mobiliser uniquement en interne.
« Ce sont des études extrêmement précises. On ne peut pas les réaliser seuls en interne. Il faut s’entourer d’une équipe d’ingénierie compétente. », insiste-t-il.
Enfin, il souligne l’importance d’associer élus et agents dès le départ. Leur implication permet non seulement d’enrichir le diagnostic, mais aussi de créer une culture commune autour des enjeux patrimoniaux, énergétiques et de sobriété.
Que retenez-vous de la collaboration avec ALTEREA ?
L’expertise d’ALTEREA a apporté un cadre méthodologique rigoureux ainsi qu’un regard extérieur précieux pour questionner certaines pratiques et faire émerger de nouvelles pistes d’action.
« Cette étude nous a obligés à mieux connaître nos équipements et à disposer d’un regard extérieur sur notre patrimoine. », témoigne Jean-Noël REBOURS.
Les équipes municipales soulignent également la qualité des échanges tout au long de la mission et la pertinence des outils remis pour accompagner les décisions futures.
« Aujourd’hui, nous avons les outils pour atteindre nos objectifs et des perspectives concrètes sur les actions à mener. », se félicite-t-il.
Avec la réalisation de son Schéma Directeur Immobilier et Énergétique, la Ville de Changé dispose désormais d’une feuille de route pour piloter son patrimoine et engager sa transition énergétique. Le défi est maintenant de transformer cette stratégie en actions concrètes et durables.
« Nous ne pouvons pas ne rien faire. Les enjeux énergétiques et climatiques sont devant nous. Le SDIE nous donne désormais une direction pour relever ce défi », conclut Jean-Noël REBOURS.