EnergieSprong : la démarche qui bouleverse le BTP

2/06/2021

  • 5 min
    5 min

Se développant en France depuis 2016, la démarche EnergieSprong oblige les acteurs du bâtiment à revoir leurs habitudes de travail, leurs procédés et leurs interactions. ALTEREA, un des premiers signataires de la charte EnergieSprong, vous éclaire sur les adaptations et les évolutions auxquelles doivent se confronter les professionnels concernés.

RETOUR SUR LE MODÈLE TRADITIONNEL

Les opérations de rénovation énergétique usuelles sont aujourd’hui encadrées par :

  • un écosystème qui s’organise autour de la Maîtrise d’Ouvrage, son Maître d’Œuvre et les entreprises du bâtiment ;
  • une intervention conforme au phasage de la Loi MOP.

Ce cadre et les usages en place conduisent à l’adoption d’un mode projet, pour chaque opération, qui suit les phases suivantes :

  1. Définition du besoin par des études préalables ;
  2. Conception par l’équipe de Maîtrise d’Œuvre ;
  3. Sélection des entreprises de travaux;
  4. Réalisation des travaux ;
  5. Livraison de l’opération et prise en main par l’exploitant.

Ce modèle traditionnel prévoit l’intervention indépendante et successive des différents intervenants. Il s’articule uniquement autour d’un engagement de moyens.

ENERGIESPRONG : QU’EST-CE QUE ÇA CHANGE ?

Un groupement et des engagements revisités

Les opérations EnergieSprong favorisent le recours aux Marchés Globaux de Performance ou à des missions de Maîtrise d’Œuvre avec Garantie de Performance, pour assurer un engagement de résultat. Cela requière d’associer en amont toutes les parties prenantes du projet : équipe de conception (Bureau d’Etudes, architecte), les industriels, les entreprises de travaux, les exploitants... Les deux objectifs majeurs sont d’assurer un travail de design collectif, et la synthèse des interventions entre les différents acteurs, pour permettre l’engagement de chacun et l’optimisation du projet.

Cette démarche innovante et en rupture est en effet porteuse d’une ambition forte : créer un nouveau modèle de rénovation. Là où la filière du bâtiment est d’ordinaire traditionnaliste, les membres du groupement doivent ici se mobiliser dès le début de l’opération et faire fonctionner l’intelligence collective pour sortir des schémas classiques et repenser leur intervention en s’inspirant des méthodes industrielles. En mode « design thinking » …

De nouveaux acteurs, de nouveaux rôles

De nouveaux savoir-faire enrichissent le groupement. L’intégration d’une production locale d’énergie nécessite des compétences relatives aux énergies renouvelables. De même, la préfabrication (façades, toitures, module énergie) requiert d’associer en amont les industriels et de recourir à la méthode DfMA. Le suivi de la qualité et l’optimisation de la chaîne logistique requièrent, la encore, de nouvelles pratiques et savoir-faire. L’engagement de performance dans la durée revisite lui aussi les pratiques classiques de l’exploitation-maintenance, plutôt centrée aujourd’hui autour des équipements techniques.

Les rôles de certains acteurs évoluent. Parfois un peu délaissé dans ce type d’opérations, l’exploitant prend désormais une place importante dans le dispositif. Engagé sur plusieurs dizaines d’années, il vise non plus à assurer le pilotage et l’entretien mais plutôt à assurer la bonne tenue des engagements de performance et de la satisfaction des locataires (qualité de service) ; il réfléchit dans une logique de maintenance prédictive et en optimisant le coût global des installations. Le Maître d’OEuvre voit lui aussi sa place fortement requestionnée : Chef d’orchestre d’une opération traditionnelle, il devient plutôt ici designer et concepteur ; si la standardisation des produits efface le rôle de l’économiste, la composante thermique est ici particulièrement attendue.

Des outils adaptés 

La démarche EnergieSprong envisage un travail encore plus collaboratif que pour une opération classique. Au vu des enjeux techniques et de l’optimisation financière, des outils de communication favorisant le travail en équipe tels que des plateformes ou la maquette BIM sont indispensables.

Afin de respecter les obligations de chacun et d’assurer l’avancement du projet, des jalons et des validations doivent être définis. Dans ce cas, le recours au commissionnement est pertinent puisqu’il permet d’assurer une démarche qualité tout au long du projet. Cet outil garantit la conformité des éléments développés jusqu’alors. Selon Guillaume DELOUCHE, chef de projets AMO chez ALTEREA, « Le commissionnement est quasi obligatoire pour les opérations de massification de la rénovation énergétique, autant sur la phase de conception que de réalisation et d’exploitation. »

COMMENT LES PROFESSIONNELS FRANÇAIS SE SONT-ILS ADAPTÉS A LA DÉMARCHE ?

Lorsque la démarche s’est développée en France, les différents acteurs concernés manquaient d’exemples et d’expérience. Pour former les professionnels français, l’équipe EnergieSprong France a organisé des voyages d’étude au Pays-Bas. « Ces voyages ont permis de découvrir des projets déjà réalisés et surtout les procédés adoptés pour mener à bien les travaux selon la démarche EnergieSprong » explique Guillaume DELOUCHE. Plusieurs pilotes ont par ailleurs été déployés à l’initiative de Maîtres d’Ouvrages favorables à la démarche.

Cet environnement a permis de montrer aux acteurs français que de nombreux procédés pouvaient être adaptés en France et contribué à mettre en route la démarche. L’outil industriel était déjà présent mais il était nécessaire qu’il rencontre les acteurs plus traditionnels du bâtiment. Ces deux filières devaient par ailleurs évoluer en termes de méthodes et de process pour intégrer davantage de qualité et d’automatisation. L’étape suivante était de déterminer la méthode la plus adaptée au patrimoine français et de fédérer les parties prenantes pour les faire adhérer à la démarche EnergieSprong. L’aventure était lancée !

Focus en Pays de la Loire

De 2018 à 2020, les bailleurs des Pays-de-la-Loire, associés à BSH et NEOTOA, ont mené un travail de mutualisation de leur patrimoine en vue de préparer le déploiement de la démarche dans le Grand Ouest. Côté entreprises, durant l’été 2019, des ateliers ont été animés par un groupe de professionnels ligériens, via les réseaux régionaux NovaBuild, Atlansun et Atlanbois, offrant ainsi un réel accompagnement à l’appropriation et à la concrétisation de la démarche. Des partenariats et des groupements se sont montés grâce à ces ateliers en vue d’apporter une offre structurée aux consultations initiées sur 2020 et 2021 par les bailleurs.

La démarche EnergieSprong, porteuse d’innovation et de performance, a chamboulé le secteur du bâtiment ; des professionnels engagés aux procédés utilisés. Elle représente une réelle opportunité d’investissement dans le bâtiment durable et d’atteinte des objectifs liés à la transition énergétique. La démarche se démocratise efficacement sur le parc social français. Quelle est la prochaine étape ?