Cinq ans de l’Accord de Paris : une urgence climatique toujours aussi forte

15/12/2020

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Ce samedi 12 décembre, 80 dirigeants du monde ainsi que des chefs d’entreprises ont participé à un sommet virtuel marquant les cinq ans de l’Accord de Paris, le Climate Ambition Summit. L’événement, organisé en visioconférence pour fêter les cinq ans de l’accord de Paris sur le climat, avait pour objectif de relancer la bataille contre le dérèglement climatique. L’Europe et la Chine ont annoncé un engagement plus ferme en faveur du climat, et les Etats-Unis leur grand retour. Cependant tout l’enjeu de l’anniversaire de la COP21 et des cinq années à venir est désormais de transformer ces bonnes intentions en actes pour améliorer suffisamment la trajectoire climatique.

Le 12 décembre 2015, a été scellé à Paris un pacte ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre conclu par 195 pays réunis pour la COP21. L’objectif est de contenir le réchauffement de la planète au-dessous de + 2 °C d’ici à 2100 (et si possible à + 1,5 °C) par rapport à l’ère préindustrielle. Cinq ans après, quel constat pouvons-nous faire ? Pour l’ONU, les actions et efforts mondiaux ne sont pas encore à la hauteur pour atteindre cet objectif. Elle estime qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de 7,6 % par an entre 2020 et 2030 pour respecter l’objectif de + 1,5 °C. Or, les prévisions actuelles tablent plutôt sur une hausse de 2 % annuelles sur cette période soit vers une hausse de 3 °C.

La COP26 qui devait se tenir à Glasgow le mois dernier a été reporté à l’automne 2021 à cause de la crise sanitaire. En attendant ce rendez-vous, un sommet virtuel a ainsi été organisé ce samedi par l’ONU, le Royaume-Uni et la France, dans l’espoir de booster les engagements et de créer une nouvelle dynamique pour le climat. L’évènement a été l’occasion de mettre en avant les bonnes nouvelles, car il y en a, en faveur du climat :

  • En septembre dernier, la Chine, premier émetteur mondial, s’est engagé à la neutralité carbone d’ici à 2060. Concrètement, cela voudra dire qu’en 2060, chaque tonne de carbone émise dans le pays sera compensée par son absorption.
  • Le mois suivant, le Japon et la Corée du Sud ont suivi, fixant cet objectif de neutralité carbone pour 2050.
  • Les vingt-sept pays membres de l’UE sont quant à eux parvenus à se mettre d’accord vendredi dernier sur une baisse des émissions d’au moins 55% d’ici à 2030 par rapport au niveau de 1990, contre 40 % actuellement.
  • Les États-Unis, qui se sont retirés de l’accord lors du mandat de Donald Trump, étaient absents mais Joe Biden a promis que son pays, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre (GES) du monde, ferait son retour après son investiture.

Des engagements à maintenir et à booster

Si la mise à l’arrêt forcée des activités économiques liée à la crise sanitaire a provoqué une baisse des émissions de l’ordre de 7 % cette année, ce ralentissement n’a pas empêché l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, qui a atteint un nouveau record en 2019. L’année qui s’achève s’annonce comme l’une des trois plus chaudes jamais enregistrées, selon l’ONU. Le seuil des + 1,5 °C de l’accord de Paris pourrait même être franchi dès 2024.

Les pays doivent ainsi s’engager plus activement dans la lutte, alerte l’ONU. Dans le cadre de l’article 4 de l’accord, chaque pays signataire est censé communiquer ses objectifs de réduction des émissions, ce que l’on appelle les contributions déterminées au niveau national (CDN). Ils doivent les mettre à jour - et si possible les rehausser - tous les cinq ans. Rien ne les y oblige légalement, mais ces points d’étape sont importants pour savoir comment, concrètement, ils comptent faire à court terme pour parvenir à leurs objectifs. Les pays ont normalement jusqu’au 31 décembre 2020 pour envoyer leur CDN révisées à l’ONU… qui, jusqu’à présent, n’en a reçu qu’une vingtaine.

Et les actes dans tout cela

Selon un récent rapport de l’ONG allemande Germanwatch, aucun des 58 pays qu’elle a passé à la loupe ne semble à même de tenir ses objectifs. La France ne fait pas exception. Elle a dépassé de 2,7 % le plafond d’émissions nettes de GES qu’elle s’était fixée pour 2019, selon l’observatoire Climat-Énergie. Les défenseurs du climat s’inquiètent du soutien massif apporté par les divers plans de relance post-Covid aux énergies fossiles. Le projet international Energy Policy Tracker observe ainsi que les pays du G20 ont annoncé au moins 234 milliards de dollars de financement public en faveur des énergies fossiles, contre 151 milliards pour les énergies propres.

Les pays doivent se remobiliser mais les citoyens doivent également être plus impliqués. Sans l’adhésion de tous, et notamment des citoyens, la transition ne sera pas possible. La Convention citoyenne pour le climat (CCC), une initiative française, a ainsi soulevé l’enthousiasme. Via ce dispositif, également lancé au Royaume-Uni, les citoyens ont pu proposer des actions et démontrer leur intérêt pour la transition écologique. Mais il est nécessaire que les Etats s’engagent ensuite sur les propositions faites et trouvent tous les moyens pour mettre en place au mieux. En effet, le futur projet de loi issu de la CCC française est accusé de ne pas être suffisamment ambitieux. Une convention mondiale sur le climat, à l'instar de celle de la France et du Royaume-Uni, est en cours de finalisation pour être lancée avant la COP26. Ce serait la plus grande expérience de démocratie participative jamais tentée. L'assemblée plénière serait composée de 1000 personnes, sélectionnées par le biais d'une loterie, et des événements réguliers viendraient ponctuer cette convention mondiale.

Malgré les bonnes intentions affichées des États, les cinq prochaines années de l’Accord de Paris seront décisives. Celui-ci définissait enfin des objectifs globaux de coopération et d’entraide qui sont loin d’être atteints. Les pays développés s’étaient notamment engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour aider ceux en développement à faire face au dérèglement climatique. Tous les regards sont maintenant tournés vers la COP26 de 2021 avec l’espoir d’un nouveau dynamisme et d’actions plus engageantes et efficaces.