Les quartiers et les villes doivent s’adapter aux aléas climatiques

10/05/2022

  • 9 min
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En mars 2022, l’Alliance HQE-GBC a livré ses recommandations pour mettre en place une stratégie de résilience et d’adaptation des bâtiments et des quartiers au travers d’un « Cadre de définition de la résilience et de l’adaptation pour le cadre bâti ». Retour sur les grandes lignes de ce cadre.

Créée 1996, l’alliance HQE-GBC réunit syndicats, fédérations professionnelles, sociétés et collectivités et professionnels qui agissent dans l’intérêt général pour innover, améliorer les connaissances, diffuser les bonnes pratiques et représenter le secteur du cadre de vie durable.

UN NOUVEAU LEVIER POUR L’AVENIR

Le GIEC alarme : la température mondiale de surface a déjà augmenté de 1,09°C par rapport à la période 1850-1900.

Comme l’explique Alain CUACHY, Directeur du Patrimoine Groupe CDC Habitat et animateur du groupe de travail « Résilience et Adaptation » de l’Alliance HQE-GBC, le cadre proposé par l’alliance ne vise plus à convaincre d’agir.

L’ambition est de :

  • Renforcer le confort d’usage, la sécurité des occupants et l’intégrité des bâtiments.
  • Anticiper les changements qui s’annoncent et les conditions qui en découlent.

La notion d’adaptation au changement climatique est nécessaire. C’est pourquoi l’Alliance HQE-GBC a souhaité proposer le « Cadre de définition de la résilience et de l’adaptation pour le cadre bâti ». Il propose 5 domaines et 15 leviers d’actions pour un cadre bâti plus résilient.

#1 – USAGES ET COMPORTEMENTS

Afin d’améliorer la résilience du cadre bâti et des milieux urbains, les usages et les comportements représentent un point clé.

  1. Connaissance et information de la population

Il est nécessaire de former les personnes et de diffuser l’information afin de sensibiliser aux enjeux de la résilience climatique. Ces actions comprennent :

  • l’information sur les risques liés aux aléas climatiques ;
  • le développement d’une culture commune de la résilience ;
  • la réalisation d’évaluation post-occupation des bâtiments afin de comparer les performances réelles aux performances attendues.
  1. Mutualisation et espaces partagés

La dimension sociale, au-delà de la dimension technique, possède de réelles vertus de cohésion, de force et de coopération. L’Alliance HQE-GBC l’a identifié comme un moyen de favoriser la mutualisation et les espaces partagés au travers de plusieurs exemples d’actions :

  • Développer une identité et une culture forte à l’échelle de la ville, des quartiers et du territoire.
  • Identifier, former et s’appuyer sur des personnes-ressources pour la gestion de crise.
  • Réaliser une évaluation post-crise des dispositions de solidarité.
  1. Évacuation et zones refuges

Afin de préparer au mieux les populations et les territoires aux pires effets du dérèglement climatique, le développement de plans d’intervention, d’évacuation et de subsistance, l’identification et la programmation des zones refuges ou de locaux à vocation d’abris collectifs sont des pistes intéressantes.

Quelques exemples de mesures sont proposés :

  • Réfléchir aux systèmes d’alerte en lien avec le bâtiment connecté et le développement de capteurs.
  • Fournir un équipement de communication performant.
  • Aménager des zones refuges (dans les combles en cas d’inondation et dans des zones de fraîcheur en cas de fortes chaleurs).

#2 – CONDITION DE SANTÉ ET DE CONFORT

Assurer la santé, le confort et la protection des populations est un des enjeux du cadre bâti malgré le bouleversement des conditions météorologiques extérieures.

  1. Limitation des nuisances et pollutions

Différents enjeux sanitaires ont été identifiés : les circulations d’air, la qualité de l’air ambiant et intérieur, l’acoustique, le confort lumineux, le confort d’été, la biophilie…

Il apparaît donc indispensable de consolider les outils de surveillance du confort thermique et de la qualité de l’air intérieur et extérieur, de favoriser un urbanisme favorable à la santé et de systématiser l’évaluation des enjeux sanitaires dans les diagnostics.

  1. Confort thermique

Les règlementations en matière de confort thermique sont multiples. La RE2020, entrée en vigueur le 1er janvier 2022, en fait partie.

Pour éviter le recours à la climatisation, de nombreuses solutions sont disponibles : dispositifs occultants, rafraîchissement passif, inertie thermique des matériaux, végétalisation de la parcelle… Ces solutions doivent devenir des réflexes dans la conception ou la réhabilitation d’un bâtiment.

  1. Mobilité et accessibilité

Le transport représente le 2ème poste de consommation en France. La réduction de son impact environnemental constitue donc une priorité.

L’Alliance HQE-GBC propose des exemples d’actions :

  • Favoriser les mobilités douces et actives.
  • Améliorer l’accessibilité aux transports non motorisés et en commun.
  • Adapter les modes et parcours de transport en fonction des épisodes climatiques (inondation et canicule)

#3 – FORMES URBAINES, STRUCTURES ET COMPOSANTS

Une transformation des pratiques d’urbanisme, d’aménagement opérationnel et de construction est attendue afin de répondre à l’urgence climatique.

  1. Diagnostic terrain et analyse de site

Pour concevoir un cadre bâti plus résilient, il faut avoir une connaissance du terrain et de la géographie du site en termes d’hydrologie, de géologie, de géomorphologie ou d’exposition au vent et au soleil.

Pour ce faire, il est possible de :

  • Systématiser les analyses de sites et les études de sols.
  • Penser l’orientation des bâtiments, des rues, des places, des parcs et promouvoir les modes constructifs adaptés aux aléas climatiques.
  1. Options d’aménagement et modes constructifs pour l’intégrité du bâti

Pour faire face aux risques climatiques, il est recommandé d’adapter la géométrie, les formes urbaines et l’aménagement du cadre bâti et de ses occupants pour en réduire leur vulnérabilité.

Plusieurs actions sont envisageables telles que la limitation de l’artificialisation des sols et du stockage de l’énergie pour les bâtiments, l’organisation de l’espace, la forme et l’exposition du bâtiment aux risques environnementaux.

  1. Adaptabilité et réversibilité

Pour contrer la question de l’incertitude de l’état de la planète, il est nécessaire de gagner en réversibilité et en adaptabilité. Cela passe notamment par la transformation et la rénovation du bâti existant ou la construction hors-site. « La modularité facilite la déconstruction, pouvant permettre d’envisager de construire dans des zones que l’on sait soumises à aléa dans le futur (par ex. en anticipant dès aujourd’hui leur déplacement à court ou moyen termes), de même que la reconstruction dans un contexte de gestion post-crise. Ce mode constructif reposant sur les principes de préfabrication et d’industrialisation présente aussi des avantages en termes d’amélioration de la qualité, de réduction des impacts environnementaux, des délais et éventuellement des coûts » précise l’Alliance HQE-GBC.

#4 – SITE ET TERRAIN

Il est intéressant de s’appuyer sur un état des lieux de la ville, du quartier, du site, de la parcelle ou du bâtiment afin de comprendre leur exposition et leur vulnérabilité face au changement climatique.

  1. Données climatiques et locales

Malgré la multiplication des données sur les impacts du réchauffement climatique, de nombreuses incertitudes persistent. Pour contrer ce phénomène, il est recommandé de :

  • Développer des connaissances et de les partager.
  • Utiliser des fichiers météo régionalisés prenant en compte des scénarios pessimistes.
  • Multiplier les analyses de vulnérabilité en conception et en exploitation.
  1. Gestion de l’eau

L’eau de pluie est un atout majeur qui n’est pas assez exploité. La désimperméabilisation et la déminéralisation des espaces publics et patrimoines immobiliers doivent être au cœur des projets d’aménagement.

  1. Préservation des écosystèmes

Afin de restaurer la biodiversité des sites dégradés et préserver les écosystèmes existants, il est notamment recommandé de :

  • Appliquer les principes de low-tech, ancestraux ou adaptés à des zones déjà touchées par le dérèglement climatique.
  • Végétaliser les espaces extérieurs et protéger les étendues d’eau.

#5 – PLANIFICATION, RÉSEAUX, SERVICES ET INFRASTRUCTURES

La planification climatique et urbaine à l’échelle du territoire doit questionner le fonctionnement des réseaux et des approvisionnements en énergie, en eau, en ressources alimentaires…

  1. Planification et règlementation

Le cadre normatif doit être établi pour assurer la résilience des territoires de demain. En ce sens, l’Alliance HQE-GBC donne quelques exemples d’actions à réaliser :

  • S’appuyer sur les documents d’urbanisme.
  • Mettre à jour et faire appliquer les documents d’aménagement territorial tels que le Plan Local d’Urbanisme (PLU), le Plan de Prévention des Risques Naturels (PPRN), le Plan de Prévention des Risques (PPRT), le Schéma Régional d'Aménagement, de Développement Durable et d'Égalité des Territoires (SRADDET) et contrôler leur mise en place.
  1. Coopération territoriale

Afin d’assurer la gestion des flux et des approvisionnements, les territoires doivent gagner en autonomie. Pour ce faire, il est pertinent de développer l’aspect local et la diversité de production et d’approvisionnement favorisant ainsi la coopération inter et intra territoriale et la solidarité.

  1. Continuité des services et modes dégradés

En cas d’aléas climatiques sévères, il est indispensable d’assurer la continuité des services d’accès aux besoins essentiels.

Pour ce faire, les réseaux devront être protégés ; l’eau, l’électricité et les ressources alimentaires devront être autonomes ; le mode dégradé devra entrer dans les mœurs ; les bâtiments devront être accessibles et adaptés thermiquement.

À travers ce cadre, l’Alliance HQE-GBC montre que la résilience du cadre bâti comprend de nombreuses sphères. Les bâtiments comme les territoires, les quartiers et les villes doivent œuvrer ensemble pour assurer les besoins essentiels des habitants face au changement climatique et ses conséquences qui ont été notamment définies par le GIEC.